Diego Ballesteros. Aujourd’hui, le 3 décembre, c’est la Journée internationale des personnes handicapées.
Personne n’est mieux placé que Diego Ballesteros pour incarner cette devise. Originaire de Barbastro et passionné de vélo, il n’a cessé de se lancer dans de nouvelles aventures et de participer à des compétitions sur son handbike. BGuara s’est entretenu avec lui à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées.
Qui est Diego Ballesteros ?

Je suis un habitant de Barbastro, professeur de lycée à la retraite depuis un accident de la route qui m’a cloué dans un fauteuil roulant ; malgré les difficultés, je cherche à être heureux et j’essaie de rendre heureux ceux qui m’entourent.
Questions à Diego Ballesteros
À quoi consacres-tu ta vie en dehors de l’entraînement ?
À ma famille, aux tâches ménagères comme préparer les repas et faire les courses, et me reposer quand on me laisse le temps.
Raconte-nous : quelles aventures as-tu vécues à vélo ? Et en handbike ?
J’ai parcouru à vélo la distance entre Saragosse et Pékin, 100 jours et 12 822 km à mes pieds, en traversant 15 pays : une aventure qui a marqué ma vie. Puis vinrent la Titan Desert et la Race Across America, une course non-stop qui traverse les États-Unis d’un océan à l’autre, où j’ai été renversé par une voiture et me suis retrouvé en fauteuil roulant.
En handbike, j’ai parcouru les 1 800 km qui séparent Madrid de Londres, à la force de mes bras, pour surmonter mon handicap et me prouver que tout est possible quand on s’en donne les moyens.

As-tu participé à des compétitions cette saison ? Quel résultat mettrais-tu en avant ?
Oui, depuis 2011, je participe régulièrement à des compétitions et, malgré la pandémie, nous n’avons pas cessé. En 2021, j’ai remporté la médaille de bronze au contre-la-montre des Championnats d’Espagne de cyclisme adapté, ainsi que plusieurs médailles de bronze lors de différentes compétitions internationales, notamment à Bilbao et à Cáceres ; l’or et l’argent me résistent.
Je retiendrai surtout la médaille de bronze remportée lors du contre-la-montre des championnats nationaux, où je me suis classé juste derrière les deux cyclistes qui ont participé aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020.
Comment la pandémie a-t-elle affecté les courses ? Une certaine normalité a-t-elle été rétablie cette année ?
De nombreuses courses ont été reportées et nous n’avons pu participer qu’aux plus importantes, comme les Championnats d’Espagne. Aujourd’hui, la situation est revenue à la normale et la Coupe d’Espagne ainsi que quelques autres épreuves ont pu avoir lieu, bien que dans des conditions de sécurité très strictes.
Quels ont été tes objectifs cette saison ? Y a-t-il un objectif secret que tu n’as révélé à personne ?
En 2021, j’aurais aimé participer aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020 qui se sont déroulés en septembre ; c’était difficile, mais il faut se fixer de grands objectifs pour continuer à progresser.
Je me suis retrouvé juste derrière les deux cyclistes qui sont partis, ce qui montre que je ne suis pas si loin moi non plus de réaliser ce rêve. Je n’ai pas de secrets inavouables, je travaille dur pour viser le plus haut possible.
Tu aimes t’entraîner dans la Sierra de Guara ?
J’adore ça. Je vis sans aucun doute dans une région privilégiée, entourée de montagnes et de paysages magnifiques. En été et le week-end, j’ai du mal à supporter l’affluence des touristes, mais j’ai mes itinéraires tranquilles où je ne risque de gêner personne.
Quels sont tes endroits préférés ? Pourquoi ?
J’aime beaucoup Alquezar et ses environs ; j’aime m’entraîner sur l’ancienne route qui monte vers Adahuesa et redescendre par Radiquero. Il m’arrive parfois d’aller jusqu’à Bierge, même si j’essaie de privilégier les tronçons peu sinueux où les véhicules et les cyclistes peuvent cohabiter sans danger.

Quelles distances parcoures-tu généralement quand tu vas t’entraîner ?
En général, je parcours entre 40 et 50 km par jour, mais selon la période de la saison et le dénivelé cumulé, je peux atteindre les 100 km par jour ; d’autres fois, je pars simplement faire une balade de 20 km pour profiter du cadre.
Quelle est ta routine lors d’une journée d’entraînement intense ?
Les journées d’entraînement intensives sont celles où je double ou triple mes séances d’entraînement, par exemple 3 heures de vélo le matin, 1 h 30 de musculation, puis encore une heure de vélo pour me détendre. Doubler les séances, c’est courant ; tripler, un peu moins.
Quels sont les problèmes les plus courants lorsqu’on s’entraîne avec un handbike ?
Ce sont les mêmes risques que pour n’importe quel vélo classique : une crevaison ou un problème mécanique, même si, grâce aux progrès technologiques, ils sont de moins en moins fréquents. Ensuite, j’ai peur quand je roule allongé et si près du sol, car les voitures passent vite, certaines ne font pas attention et d’autres disent qu’elles ne me voient pas, même si j’ai des lumières et des drapeaux.
Quelle est la situation du cyclisme adapté en Espagne ? Bénéficie-t-il d’un soutien suffisant ? Fait-on la promotion de cette discipline ? Les courses sont-elles bien organisées ? Le calendrier est-il bien fourni ?
Le cyclisme adapté est un sport minoritaire qui attire chaque jour davantage d’adeptes, car nous sommes nombreux à être en situation de handicap.
Les aides financières ne suffisent jamais, car les courses se déroulent dans tout le pays… Murcie, Estrémadure, Galice… Les frais de déplacement et d’hébergement pour participer à une compétition comme la Coupe d’Espagne, qui comprend de nombreuses épreuves, sont colossaux. C’est pourquoi j’ai décidé de participer à moins de compétitions, mais de les préparer au mieux. Je pars donc en Europe pour disputer différentes Coupes du monde afin de me mesurer à des adversaires de très haut niveau.
Et au niveau local ? Y a-t-il des compétitions ? Est-il facile de trouver des sponsors ?
Au niveau local, lors des championnats d’Aragon de cyclisme, c’est la première année que le cyclisme adapté a été intégré, ce qui constitue une avancée considérable ; même si, personnellement, je pense qu’on pourrait nous faire une place dans n’importe quelle épreuve cycliste, en raccourcissant le parcours ou en l’adaptant un peu à nos besoins.
Il est toujours difficile de trouver des sponsors ; nous ne sommes pas le genre de personnes qui rentabilisent rapidement un investissement. Je trouve qu’il est très beau de collaborer avec quelqu’un qui, malgré les difficultés que la vie lui impose, reste un exemple à suivre et n’abandonne pas, en donnant le meilleur de lui-même pour réaliser ses rêves.
Penses-tu que le cyclisme adapté est suffisamment valorisé ? Quelles idées as-tu pour lui donner plus de visibilité ?
Il est difficile de répondre à cette question, car tout sportif pratiquant une discipline minoritaire, comme la pétanque par exemple, pourrait avoir l’impression de ne pas être valorisé. Le cyclisme adapté exige un effort physique énorme, de nombreuses heures d’entraînement comme n’importe quel autre sport, mais avec une usure physique plus importante : pédaler avec les mains, les jambes ou une seule jambe, ce n’est pas la même chose, et pourtant, les heures d’entraînement et l’effort requis sont très similaires.
Le secret pour accroître la visibilité réside dans la sensibilité des médias : il faudrait continuer à parler de football, mais en laissant davantage de place aux autres sports.
Tu prévois de partir bientôt à l’aventure en handbike ?
Oui, mais une fois que j’aurai arrêté la compétition. C’est sans aucun doute dans l’aventure que je me sens le mieux, donc j’y reviendrai.
Y a-t-il autre chose à ajouter ?
Je vous remercie de faire connaître le cyclisme adapté et j’espère que nous pourrons réaliser d’autres interviews au cours desquelles je pourrai vous parler des rêves que je réalise petit à petit. Cordialement.


